Château de Vaux le Vicomte
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Nicolas Fouquet

Nicolas Fouquet (1615-1680) qui ordonna la création de Vaux le Vicomte était issu d'une lignée de ces parlementaires fortunés et entreprenants dont la royauté s'attachait les indispensables services, et dont les intérêts trouvaient leurs récompenses dans l'exercice de charges proches du pouvoir. Son père, François Fouquet, n'avait-il pas été un homme de confiance du cardinal de Richelieu, pour les affaires maritimes et commerciales ?

En 1648 le trésor royal, c'est-à-dire celui de l'Etat avait fait banqueroute : les dettes contractées par la couronne auprès des financiers privés en attendant les rentrées d'impôts, ne seraient pas remboursées ; cette décision cynique et maladroite, due à l'incapacité des surintendants aux finances nommés depuis la mort d'Henri IV avait achevé de provoquer la fuite de l'épargne et des financiers qui la collectaient.

C'est à la suite de ces circonstances difficiles que Nicolas Fouquet fut nommé Surintendant des Finances, en 1653, par le cardinal Mazarin, Premier Ministre, avec mission de renflouer un trésor vide. La carrière de Fouquet avait déjà connu une ascension rapide, à l'image de l'emblème de sa famille, l'écureuil et de sa devise "Quo non ascendet" (jusqu'où ne montera t'il pas ?).

Nicolas Fouquet

Fouquet devait cette réussite à son intelligence, à son audace et à sa fidélité à la royauté. Il alliait à ces dons une grande générosité, parfois calculée, une ardeur débordante à vivre avec luxe et raffinement, un caractère enjoué et galant qui entraînait l'adhésion. Il aimait les lettres, les arts, les poètes, les fleurs, les tableaux, les tapisseries, les livres, les statues, bref toutes les formes de beauté et de volupté. Il prodiguait aux artistes son amitié en même temps que dons et emplois : il s'attacha ainsi La Fontaine et Molière, le Nôtre et Poussin, Puget, Le Brun, La Quintinie, etc.

En 1653 son objectif fut de rétablir la confiance et de faire réapparaître l'épargne, pour alimenter le trésor royal. Et de ce fait, il parvint chaque jour à trouver l'argent frais nécessaire aux besoins de l'administration, de la guerre, pour payer les fêtes de la cour et satisfaire l'immense avidité de Mazarin. Chaque emprunt qu'il négociait sur le marché des capitaux pour le compte du roi était garanti sur sa fortune personnelle et lui laissait, comme c'était l'usage, et à l'exemple même de Mazarin, premier spéculateur et premier malversateur de son temps, une forte part de bénéfice.
Mais cet homme brillant, depuis toujours ardent et loyal défenseur du roi et du cardinal, qui n'avait cessé de mettre son crédit personnel au service de l'Etat, eut trop confiance dans son étoile, et ne s'arrêta pas à considérer l'envie et les soupçons que sa haute position et sa fortune pouvaient inspirer aux esprits malveillants ou ambitieux. Il ne soupçonna ni les capacités laborieuses et tenaces que Louis XIV saurait mettre au service de sa volonté absolue de régner lui-même, ni l'affront que son indépendance intellectuelle et que son luxe infligeaient à l'orgueil du jeune roi.

Sa charge l'amenait fréquemment à collaborer avec l'intendant privé du cardinal Mazarin, Jean-Baptiste Colbert, descendant d'une dynastie de grands marchands-banquiers (et non d'humbles drapiers selon un contresens devenu légende), au cœur de toutes les affaires, réalisant au passage, lui aussi, des profits considérables.
En mars 1661, à la mort de Mazarin, Fouquet ne doute pas que sa contribution décisive au redressement des finances du royaume, lui vaudra de succéder au cardinal en qualité de Premier Ministre. Au même moment, Louis XIV, âgé de 22 ans, décide de supprimer cette fonction et par conséquent d'en priver Fouquet. C'est au même moment que Colbert décide d'abattre Fouquet "de se revêtir de sa dépouille" et de "s'élever sur les ruines du surintendant".

Pour y parvenir et peut-être à cause de ses propres profits, Colbert détourne sur Fouquet la responsabilité de toutes les "confusions financières". Louis XIV a pu être sensible à cette manœuvre car, en accablant le surintendant, elle blanchissait la mémoire du cardinal Mazarin qui avait été son parrain et l'ami intime d'Anne d'Autriche, la Reine-Mère.
Ainsi Colbert, jour après jour, insinue dans l'esprit du roi les raisons de se défier de Fouquet. Aux reproches fondés il mêle des calomnies : par exemple il prend prétexte des travaux habituels sur les remparts de Belle-Ile-en-Mer, propriété de Fouquet, pour faire croire au roi que le surintendant est à la tête d'un complot susceptible de contester le pouvoir royal.
Malgré les avertissements que lui prodiguent ses amis, Fouquet ne met de frein ni à son luxe, ni à ses audaces combinaisons financières que Colbert ne cesse de dénoncer au roi comme des obstacles à une saine gestion du trésor royal.

Dès lors, à partir de mai 1661, Louis XIV forge sa décision : le Surintendant Fouquet sera jeté en prison dès qu'il aura versé dans les caisses royales l'argent frais qu'il a promis de fournir et vendu sa charge de Procureur Général au Parlement de Paris qui le soustrait à toutes juridictions autres que celle de ses pairs. Pour donner le change à sa future victime, Louis XIV exprime à Fouquet son désir de retourner à Vaux le Vicomte y admirer les derniers embellissements dont toute la cour parle avec éloges.
C'est donc à Vaux, dans le décor tout juste achevé du plus beau château du royaume, que, le 17 août 1661, Fouquet offrit à son roi une fête inégalée : promenade, souper, comédie et feux d'artifice furent un enchantement : ces fastes sont souvent passés - à tort - pour la cause principale de la chute de Fouquet : Voltaire lui-même contribua à cette légende en écrivant : "le 17 août, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France ; à 2 heures du matin, il n'était plus rien".
Trois semaines plus tard, le 5 septembre, à Nantes, sur ordre de Louis XIV, d'Artagnan, capitaine des mousquetaires, arrête le Surintendant Fouquet pour le déférer devant les juges d'une cour d'exception spécialement constituée.
Malgré les pressions exercées par le roi sur les magistrats, - "la cour rend des arrêts non des services !" répliqua l'intègre d'Ormesson, juge de Fouquet, - le procès, en partie falsifié par Colbert, traîna plus de trois ans et tourna à l'avantage de l'accusé. Le roi comptait sur la peine capitale : la majorité des juges vota le bannissement : cette clémence équivalait à un acquittement : Fouquet recouvrait la liberté hors des frontières du royaume.
Pour la seule fois de toute l'histoire de France, le chef de l'Etat, détenteur du droit de grâce, brisa la sentence des juges, non pour l'alléger mais pour l'aggraver : Louis XIV décréta la prison à vie pour son ancien ministre. Par ce déni de justice Louis XIV assurait l'ordre intérieur pour un demi-siècle, et du même coup mettait sous les verrous les secrets d'Etat considérables qu'il soupçonnait Fouquet de connaître. Cette hypothèse a fondé de nombreux auteurs, parmi lesquels Alexandre Dumas dans le Vicomte de Bragelonne, à mêler le sort de Fouquet à celui du Masque de Fer.

Fouquet escorté par cent mousquetaires, fut envoyé à Pignerol, petite place forte des Alpes savoyardes, dominée par le donjon de la forteresse où il fût enfermé et étroitement surveillé. Il y mourut le 23 mars 1680.
Rédigés un demi-siècle plus tard, les Mémoires de Saint-Simon contiennent cette épitaphe inspirée par les contrastes de la vie de Nicolas Fouquet, qui "après avoir été huit ans Surintendant des Finances, paya de dix-neuf ans de prison les millions que le cardinal Mazarin avait pris, la jalousie de M.M. Le Tellier et Colbert, un peu trop de galanterie et de splendeur". De la réussite fulgurante de Fouquet, il reste Vaux le Vicomte.

 
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